Guillaume Coste : « Le squash a souffert de la fermeture des centres »

Interview fédération de squash

Kapp10 a rencontré cette semaine Guillaume Coste, directeur technique national adjoint Fédération Française de Squash qui nous dresse un état des lieux sportifs, économiques et digital post-COVID de la discipline.  

« La pratique du squash a beaucoup souffert de la fermeture des centres dédiés aux joueurs réguliers », Guillaume Coste. 

Conseiller Technique Sportif et aussi l’adjoint du DTN de la Fédération française de Squash Guillaume Coste intervient auprès des ligues au sujet de leur développement sportif.

Son rôle s’inscrit dans une démarche globale des fédérations sportives, la délégation signée avec le Ministère des Sports donnant la possibilité, entre autres, aux fédérations d’être reconnues par l’État pour organiser leur sport sur les territoires, former les encadrants et représenter la France sur la scène internationale.

 

Interview 

Quelle est la conjoncture actuelle autour de la FFSquash, post-COVID ?

Face à la crise sanitaire, le haut-niveau et la performance ont été globalement protégés. Les entraînements et les compétitions de niveau national ont été, tant bien que mal, maintenus. Cependant, nous avons été freinés sur les parcours du haut-niveau qui sont directement en relation avec les actions locales des ligues.

 

Et concernant la pratique fédérale au sens large ?

La pratique du squash a beaucoup souffert de la fermeture des centres dédiés aux joueurs réguliers. La Fédération comptait un peu moins de 30000 licenciés en 2019 pour 15000 licenciés aujourd’hui. Plus de la moitié des licenciés ont décidé d’arrêter et nous ne constatons aucune évolution positive notoire depuis la reprise de l’activité.

 

Comment expliquer ce délaissement de la pratique ?

L’explication principale concerne les changements de modes de vie, à travers le télétravail notamment. Le squash est une activité plébiscitée des actifs de 30/50 ans qui pratiquent la discipline avec les collègues autour des horaires de travail.

 

Comment s’adaptent les centres de squash à ce bouleversement ?

La discipline a une particularité sur les centres qu’elle occupe. 70% des infrastructures proposant des terrains de squash sont des espaces multi-activités. Le squash est représenté à 55% par des entreprises privées dont la finalité reste commerciale. Ce sport a été doublement impacté puisque certaines de ces entreprises ont été contraintes à la fermeture partielle ou totale. Ce qui n’a pas arrangé les choses chez nous.

 

Au vu de cette situation, quelles sont les actions de la Fédération Française de Squash auprès des licenciés ?

Aujourd’hui nous avons un double objectif vital à court terme de faire revenir les pratiquants dans les salles et que leur pratique ne s’arrête pas qu’à la découverte ou à la « consommation » d’une partie, mais régie par une pratique régulière fédérale. Afin d’impulser cette dynamique, la FFSQUASH propose des services supplémentaires aux joueurs. Pour cela, nous avons segmenté et étudié les typologies de joueurs.

Nos pratiquants sont à 80% des adultes masculins. Les squashs privés commerciaux s’intéressent majoritairement à cette cible au détriment des jeunes par exemple. A nous de corriger le tir par des actions de grandes ampleurs.

 

Quels types de relation entretient la Fédération Française de Squash avec les centres privés ?

La Fédération Française de Squash est jeune (1980), elle est née au sein des structures commerciales.

Avec la crise que nous vivons, les squashs commerciaux ont des exigences financières qui ne les amènent pas forcément à promouvoir le squash fédéral. La FFSquash travaille à développer les services auprès des squashs commerciaux, comme ceux associatifs, afin de les inciter à jouer le jeu d’accès à la pratique sportive.

Nous sommes également sollicités sur de nouveaux projets dans lesquels la fédération ou ses ligues et Comités départementaux pourraient être amenés à gérer en direct des lieux de pratiques. Ceci permettrait au squash fédéral de développer de nouvelles ressources financières et de mieux maîtriser le développement de sa pratique territoriale.

 

Quels sont les axes stratégiques choisis par la Fédération ?

Deux orientations ont été choisies : développer la formation de nos encadrements accueillant les publics et renforcer le lien avec nos structures et pratiquants via le numérique. Une marketplace est en création et un outil de rencontre entre joueurs, d’accompagnement ainsi que d’évaluation des performances des rencontres loisirs sont en cours de développement. Nous avons également développé une relation spécifique via un outil de réseau social sécurisé Whaller.

Nos ambitions concernant cet outil étaient de transformer les pratiquants occasionnels en joueurs assidus. En effet 70% des pratiquants considèrent le squash comme une activité de santé ou un élément de leur préparation physique.

 

En termes de communication comment communiquez-vous auprès de vos membres ?

La Fédération Française de Squash s’adresse directement à ses licenciés par l’intermédiaire de newsletters et de webinaires. Bien sûr, nous utilisons tous les réseaux sociaux classiques et nous nous sommes lancés dans ces canaux de communication avec une société française qui nous permet de modéliser notre démarche en relation avec nos valeurs et notre gouvernance.

Notre communication est de plus en plus ciblée en prenant en compte les différences entre nos publics et leurs centres d’intérêt.

 

Dans cette période post-COVID, quelles sont les attentes majeures de vos licenciés ?

Le comportement des licenciés est difficile à analyser, car la reprise en condition normale ne s’est faite que depuis septembre. Nous tentons d’apprécier les nouveaux comportements des pratiquants. Nous redécouvrons nos structures, les pratiquants et les équipes. Nous effectuons un suivi de mois en mois sur les données de nos logiciels.

Par exemple concernant les compétitions, nous avons eu des sollicitations par des élus pour organiser des rencontres sportives, mais nous avons constaté une fatigue générale : les charges ont augmenté, couplées à une baisse de motivation générale. Les changements sont rapides, il nous faut mettre en place des organisations très agiles, les cadres fédéraux sont très sollicités sur ce plan.

 

Comment est défini  l’accès au haut niveau en squash?

C’est un projet validé par la Fédération et l’Agence Nationale du Sport. Ce Projet de Performance Fédéral définit notre démarche afin de détecter le joueur et de l’emmener jusqu’à la performance à l’échelle mondiale. En ce qui concerne la partie d’accès au haut-niveau, repérage des jeunes, formation initiale, perfectionnement, nos ligues sont aux manettes. Les clubs qui le souhaitent peuvent devenir « club excellence » afin d’offrir de l’entraînement au quotidien.

Les meilleurs jeunes de France sont accompagnés au travers de nos Collectifs Nationaux, sous la forme de stage et compétitions internationales.

 

Quels sont pour vous les principaux enjeux à résoudre au sein de la FFSquash ?

1 : Récupérer et construire des datas. Nous ne sommes pas capables de mesurer pleinement les impacts du COVID. Les structures d’accueil doivent s’adapter, mais elles n’ont pas toutes les capacités pour le faire. Il existe différents persona de joueurs, de structures et d’accueils (bénévoles, auto-entrepreneurs, salariés du squash) ce qui complexifie la gestion de la situation.

2 : Créer des filières de recrutement des professeurs et encadrants. Ces derniers ont été contraints d’arrêter leur activité durant la crise sanitaire.

3 : Impulser la création de nos propres installations sportives. Maîtriser nos installations nous permettra de mieux développer la pratique du squash qui se joue sur un terrain spécifique via un court de squash. Le squash activités principalement urbaines subies la pression immobilière. Chaque année, nous perdons beaucoup de courts. Il nous faut absolument donner une nouvelle dynamique sur ce plan. C’est un enjeu primordial à court terme.

 

Concernant l’aspect digitalisation de la Fédération, comment se passe la gestion informatique des compétitions fédérales ?

« SquashNet », notre solution interne nous permet de retrouver les classements, visualiser les tournois et diffuser les résultats. Cela nous permet de positionner les joueurs pour construire des équipes.

Il existe des outils associés comme « squash pool » qui servent à organiser des rencontres non officielles entre joueurs. Dans ce logiciel on retrouve aussi un espace licencié avec les résultats personnels et des classements mis à jour tous les mois.

 

Quelles sont les pistes d’améliorations quant à l’utilisation de ces outils ?

L’outil pourrait nous servir à améliorer le regroupement des joueurs, l’organisation de rencontres et ainsi fidéliser les pratiquants.

 

Quelles perspectives envisagez-vous pour le futur proche ?

Les priorités pour 2023 seraient d’insuffler une politique visant à mieux appréhender les lieux de pratique et la façon de pratiquer en amplifiant les relations entre joueurs. Nous voulons faire vivre le squash en dehors et à l’intérieur du cours.

On tente de se rassurer avec des outils, mais l’objectif est de valoriser l’humain et créer de l’affect entre les différentes parties prenantes de la discipline.

 

 

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